Human Village - information autrement
 
Faire face à la flambée des prix des fruits et légumes
par Mahdi A., juin 2022 (Human Village 45).
 

Des fruits et légumes de moins en moins variés et pour certains absents ou presque des étals du marché Ryad – comme le citron, le piment vert, la banane -, des prix en augmentation continue, il suffit aujourd’hui de faire ses courses pour établir ce constat. Des prix multipliés par quatre pour certains, voire six ou sept pour d’autres. Manger cinq fruits et légumes par jour, comme recommandé par l’OMS, risque de devenir compliqué si la hausse des prix se poursuit. Une note d’information en date du 16 juin du ministère du Commerce alerte sur cette situation. « Les prix des fruits et légumes affichés sur les marchés sont excessivement élevés et ne sont plus à la portée de nombreux ménages. Cette hausse des prix des fruits et légumes a pour principale raison la diminution des importations causée par la nouvelle directive imposée par la Banque Nationale éthiopienne ».

D’où viennent ces produits ?
D’Éthiopie principalement. C’est la raison du déplacement il y a peu du ministre Mohamed Warsama Dirieh à Addis-Abeba : y rencontrer son homologue du Commerce pour discuter des nouvelles conditions d’exportation des fruits et légumes, prises sans concertation ni préavis. Cette visite a été, malheureusement il faut le dire, sans grand succès. L’Éthiopie ne compte pas bouger d’un iota. La demande de solidarité a été vaine. Le niveau sidérant des prix, fruits et légumes, se fait douloureusement sentir auprès des ménages djiboutiens.

Pour éviter des pénuries et stabiliser les prix les autorités s’activent auprès de pays producteurs
Afin d’éviter toute pénurie de produits essentiels, il a été décidé de prendre attache avec des pays producteurs pour ouvrir de nouvelles filières d’approvisionnement plus abordables. Mesure d’autant plus pertinente, qu’avec ce qui se passe en ce moment sur le plan international, il n’y a aucune certitude. Tout peut changer d’un moment à l’autre. Les prix changent presque tous les jours comme pour l’huile de palme. Nul ne sait quels seront les prix pratiqués dans deux, trois, voire six mois à l’instar du pétrole. Ainsi, il est plutôt sage de prendre des précautions afin de ne pas être pris au dépourvu, préconisait le ministre du Commerce hier, mardi 21 juin, au conseil des ministres, dans une communication relative à la situation des prix des denrées alimentaires de première nécessité - fruits, légumes - dans laquelle il rappelait que « Djibouti importe la quasi-totalité de ses produits alimentaires, de ce fait, la stabilité des prix et la sécurité alimentaire sont des enjeux majeurs pour notre pays ».
Il a affirmé que « l’économie djiboutienne est dépendante de l’extérieur du fait de l’absence de production alimentaire locale, et le prix des produits alimentaires sur le marché international est fluctuant.
De facto, avec l’avènement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, les prix internationaux de la plupart des produits alimentaires de première nécessité ont commencé à augmenter et certains produits ont connus des pénuries tels que la farine et l’huile de tournesol. A Djibouti, il est constaté que hormis le lait en poudre, les prix des principales denrées alimentaires de base sont stables et le stock est suffisant pour couvrir les deux prochains mois. Il n’y a aucune hausse constatée sur les autres produits tel que la farine, le riz et le sucre. Le ministre indique que cette hausse des prix est maitrisée mais aurait pu être plus forte si le gouvernement djiboutien sous le leadership du chef de l’État, n’avait pris les mesures nécessaires pour subventionner certains produits et supprimer les taxes pour les produits de première nécessité ».
Il a ajouté qu’il avait demandé aux entreprises d’augmenter leurs approvisionnements, d’élargir leurs canaux d’offre et de renforcer les expéditions. « Cependant, il est important de souligner que les tendances protectionnistes des pays producteurs se poursuivent et les restrictions aux exportations se multiplient un peu partout dans le monde. Une vingtaine de pays ont ainsi bloqué une trentaine de produits de base. Les gouvernements de ces pays espèrent ainsi sécuriser leurs approvisionnements pour protéger leurs populations de la hausse des prix mondiaux et procède ainsi à la constitution de stock stratégique. Certains pays continuent à stocker avec des restrictions à l’export provoquant ainsi de sérieuses restrictions favorisant des phénomènes de spéculations. En effet, l’impact sur les produits de première nécessité pourrait se faire sentir au 4e trimestre de l’année 2022, c’est pour cette raison qu’il est primordial de mettre en place un fonds d’urgence et constituer un stock pour mettre notre pays à l’abri des risques de pénuries. »
Concrètement des contacts ont été établis avec des pays producteurs, comme l’Égypte et le Yémen. Concernant ce dernier, l’approvisionnement depuis Aden, bien que, d’ores et déjà effectif, n’est pas entièrement suffisant en quantité pour couvrir les besoins nationaux du jour au lendemain. Cette nouvelle ligne d’approvisionnement accroitra ses volumes importés progressivement dans les prochaines semaines.

Pour mieux cerner les difficultés et les solutions envisagées par le gouvernement pour soulager la population de la cherté de vie, nous sommes allés à la rencontre du ministre du Commerce et du tourisme, Mohamed Warsama Dirieh, ce lundi 20 juin. Selon le ministre, le gouvernement n’est pas resté les bras ballants et a activement recherché à compenser le déficit d’approvisionnement en fruits et légumes, en portant une attention particulière à établir un niveau de prix accessible au portefeuille de la population djiboutienne.

Mohamed Warsama Dirieh n’a pas semblé déconcerté par nos questions, plutôt satisfait de pouvoir expliquer dans nos colonnes la situation de l’approvisionnement en fruits et légumes, et annoncer des contacts prometteurs noués à Genève le 10 juin dernier, avec son homologue égyptienne Névine Gamea. Tous deux participaient à la conférence annuelle des ministres du commerce organisée au siège de l’OMC. Dès son retour, une délégation officielle pour évaluer les possibilités d’approvisionnement depuis le Caire en fruits et légumes a été mise sur pieds. Composée de membres de la Chambre de commerce, du syndicat des fruits et légumes djiboutiens, et de conseillers techniques issus du ministère du Commerce, elle serait revenue porteuse de bonnes nouvelles nous confie -t-il : « Je suis heureux de vous annoncer que d’ici trois semaines, nos besoins en fruits légumes proviendrons essentiellement du Caire. Dans les prochains jours, nous allons réceptionner un premier arrivage de treize conteneurs frigorifiques, suivis de peu par trente-trois autres, pour arriver à une livraison hebdomadaire régulière d’environ 80 conteneurs frigorifiques de quarante pieds. Bien que la distance et le mode de transport soit plus couteux que ceux livrés depuis l’Éthiopie par route, cette nouvelle charge n’aura pas d’incidence sur les prix dans les étals des marchés djiboutiens, je peux déjà vous annoncer que les prix reviendront à la normale. Le kilo de tomate par exemple pour le consommateur final, ne lui coûtera que 150 FDJ, et non plus 600, voire 800 comme on n’a pu le voir ces derniers jours. Il en sera de même pour tous les autres légumes ou fruits. Le taux de changes de la livre égyptiennes est très favorable à notre monnaie locale, sans compter les coûts de production de l’agriculture égyptienne, extrêmement moderne et compétitive. Pour accompagner l’essor de cette nouvelle ligne d’approvisionnement, mon département n’a pas lésiné sur les moyens pour lever les obstacles, que cela soit les tarifs portuaires, qui ont été ajustés aux produits de premières nécessités, les tarifs des douanes qui resteront inchangés à 5 FDJ/kg, ou encore les frais de contrôle des services d’hygiène alimentaire considérablement réduits, à seulement 50 US$ par conteneurs. De même, pour ne pas perdre de temps et en attendant la réorganisation de l’association des importateurs de fruits et légumes pour la rendre plus efficace et performante et qu’elle puisse voler de ces propres ailes, l’État apporte sa caution financière pour faciliter des importations groupées et leur acheminement conteneurisé jusqu’au port de Djibouti. Début juillet, à l’invitation de la ministre du Commerce et de l’industrie égyptienne, Névine Gamea, je me rendrai au Caire à la tête d’une délégation de commerçants djiboutiens pour renforcer et intensifier le développement de ces liens commerciaux naissants, notamment sur d’autres produits alimentaires manufacturés susceptibles d’intéresser la communauté djiboutienne des affaires. Nous cherchons d’autres sources d’approvisionnement, nous ne nous limiterons pas à l’Égypte. Que cela soit pour les produits frais, la farine ou d’autres denrées alimentaires, nous serons proactifs. Nous allons saisir toutes les opportunités pour sécuriser nos approvisionnements, peu importe d’où ils viennent. Si ces produits répondent à nos besoins en qualité et prix, nous sommes preneurs. »

Le contexte économique actuel, caractérisé par un ralentissement de la croissance économique accentué par un renchérissement du coût du fret maritime et la baisse du pouvoir d’achat, favorise l’émergence de nouvelles formes de gouvernance et de rationalisation des circuits de distribution. C’est le sens des initiatives tous azimuts de Mohamed Warsama Dirieh. D’ailleurs, elles semblent payantes et répondre efficacement aux risques pesant sur la sécurité alimentaire. Elles devraient sous peu soulager considérablement le coût du panier alimentaire des ménages djiboutiens.

Notons que la mutualisation du coût du transport maritime par l’association des fruits et légumes apparait comme une solution innovante pour réduire les coûts d’acheminement, maximiser le remplissage des conteneurs, et contribuer à assurer l’approvisionnement et à stabiliser les prix de manière durable. Il était important de comprendre l’ampleur et les enjeux de cette insécurité alimentaire. Le gouvernement a su relever le défi.

Mahdi A.

 
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