À Garowe, à leur rythme les habitants sont engagés dans un processus autogéré de développement personnel, dans un environnement qui leur pose d’importants défis. Ils entament un processus reconfiguration d’eux-mêmes en faisant évoluer leurs outils intellectuels, ceux qui leur permettent de déchiffrer les directions du monde en mutation. Qui comprend le présent est mieux préparer pour gérer les changements en devenir. Là, une partie de la jeunesse analyse le présent et se projette intelligemment dans l’avenir, déterminée à ne pas être absente du grand rendez-vous : et de marquer la fin du siècle par une présence significative et lourde de conséquences.
Les habitants façonnent leur environnement. Dans la ville, les routes - bien faites et utiles - étonnent le visiteur. Le réseau routier permet d’atteindre facilement même les lieux les plus reculés, permettant de conserver la valeur des quartiers très éloignés du centre-ville. Certaines capitales africaines rejettent leurs habitants avec des routes, criblées de nids-de-poule et sans entretien, qui entravent la circulation et font payer un lourd tribut aux véhicules. Comment, dès lors, une telle entreprise peut-elle êtes accomplie au sein d’un État fédéré, le Puntland, malgré les formidables difficultés qu’elle implique ?
La population a résolu de prendre son destin en main. Une commission indépendante, issue de la société civile, a été chargée d’exécuter les travaux et de gérer les fonds alloués à la construction des routes. Les plus dévoués au service de la nation et les plus vigilants dans la sauvegarde des deniers publics se sont réunis pour former une organisation capable de poursuivre ses entreprises sans ingérence. Ses réalisations attestent de son intégrité. À Garowe, tout le monde, y compris le gouvernement, admire son travail, qui compense l’échec des services publics. Les réalisations de l’organisation confirment la faillite de la politique conventionnelle et la capacité des citoyens à agir lorsqu’ils s’engagent librement dans une entreprise collective.
La population prend en charge son destin et fonde des universités plutôt que de laisser les jeunes languir dans l’attente d’un événement miraculeux qui restaurerait l’État et les institutions éducatives. Dans des conditions qui sont parfois presque surréalistes, cela permet de faire vivre un système éducatif capable de préparer les étudiants à entrer sur le marché du travail sur un pied d’égalité avec les diplômés des universités du monde développé. Nous avons été invités à visiter ces institutions, à écouter ceux qui les fréquentent et à entendre leurs administrateurs. Malgré les obstacles qui doivent être surmontés sans répit, ce monde témoigne avec éloquence d’une détermination à affronter une réalité qui n’a été ni choisie ni désirée, mais qui leur a été imposée et qui semble destinée à durer.
À Garowe, la vie intellectuelle progresse à grands pas. Des cercles de lecture et des associations culturelles ont vu le jour avec un objectif commun : combattre l’absence d’idées, de réflexion et de débat. Nous avons été frappés par le spectacle de jeunes gens résumant des ouvrages complexes avec une concision qui ne laisse rien d’essentiel sous silence. Nous avons été témoins de scènes dans lesquelles l’intelligence s’affirmait dans toutes ses dimensions, sans se soucier de l’importance que certains choisissaient d’accorder à la politique. Ce n’est plus la politique qui méprise l’intelligence, c’est plutôt l’inverse. Ici, la grandeur a choisi son allégeance : le savoir.
Au cours des débats auxquels nous avons assisté, de jeunes voix se sont exprimées sur des questions d’une complexité considérable. La manière dont ils développaient et défendaient leurs points de vue nous procurait un immense plaisir, celui d’entendre la beauté de la pensée s’articuler dans la langue de sa naissance. Certains sont convaincus qu’une pensée conceptuelle ne peut s’expriler en somali ou en afar. Bien sûr que si. Ces jeunes gens ont reconquis leur identité culturelle et peuvent désormais raconter leur propre histoire avec leurs propres mots, sans embarras, sans inhibition et sans aucun sentiment d’infériorité.
Garowe et ses environs ne sont en aucun cas idylliques. Comme les territoires somaliens voisins, ils font face à de formidables difficultés. Ce que nous souhaitons toutefois partager avec vous est une facette d’une réalité multiple : des jeunes fréquentent des universités privées avec une indéniable détermination manifeste à progresser. La liberté d’exprimer leurs pensées porte en elle la promesse de l’émergence d’un nouveau citoyen.
Abdourahman Barkat God
Traduction Human Village à partir de « A gradual return to vitality ».