Après plusieurs jours d’incertitude, les autorités djiboutiennes ont confirmé, mardi 22 septembre, l’interpellation du journaliste sud-africain Micah Reddy, coordinateur Afrique de l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ). Le ministère de l’Intérieur affirme qu’il exerçait une activité journalistique sans accréditation et annonce qu’un ordre de quitter le territoire national lui a été signifié.
Arrivé à Djibouti le jeudi 17 septembre pour un reportage, Micah Reddy a cessé de donner de ses nouvelles le samedi 19 septembre. Selon Reuters, son frère, Niall Reddy, a échangé avec lui pour la dernière fois vers 11 heures, tandis que des collègues ont encore pu le joindre autour de 13 heures. Dans les heures suivantes, les messages qui lui étaient adressés sur Signal ou WhatsApp n’étaient plus délivrés. Le journaliste séjournait alors à l’hôtel Escale International, à Djibouti-ville. Sa disparition avait rapidement suscité l’inquiétude de sa famille, de ses collègues et de plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse. [1]
Micah Reddy devait notamment rencontrer à Djibouti le journaliste Mohamed Willo Ismael, également connu sous le nom de Kooki Mahmoud, avec lequel le contact avait également été perdu. Le Committee to Protect Journalists (CPJ) a appelé les autorités djiboutiennes à établir leur localisation et à garantir leur sécurité.
De son côté, l’ICIJ a indiqué que la mission de Micah Reddy à Djibouti ne concernait pas les affaires politiques intérieures du pays. Le dimanche 20 septembre, alors que sa famille déclarait toujours ignorer où il se trouvait, Naguib Ali Taher, responsable à la présidence djiboutienne, a indiqué à Reuters que le journaliste n’avait pas effectué les démarches nécessaires pour obtenir une accréditation de presse. Il avait ajouté que les autorités devaient vérifier les conditions de son entrée dans le pays [2]. Le lendemain, l’ICIJ annonçait avoir été informé que Micah Reddy était détenu pour ne pas avoir obtenu d’accréditation et que Mohamed Willo Ismael serait, lui aussi, retenu par les autorités.
Le ministère de l’Intérieur confirme son interpellation
Dans un communiqué daté du 22 septembre 2026, le ministère djiboutien de l’Intérieur confirme officiellement l’interpellation de Micah Reddy. Il affirme que le journaliste était venu à Djibouti avec l’intention de mener des missions « à l’insu des autorités nationales » et qu’il se serait « délibérément soustrait » à l’obligation d’obtenir une accréditation, présentée comme indispensable pour tout professionnel des médias souhaitant exercer sur le territoire djiboutien. Micah Reddy aurait été « appréhendé sur le terrain » alors qu’il se livrait à des « activités contraires à l’esprit de son séjour ». Le communiqué, signé par le ministre de l’Intérieur Omar Abdi Said, ne précise toutefois pas la nature de ces activités. Il précise que le mardi 22 septembre l’ordre de quitter le territoire national a été signifié à Micah Reddy.
Cette prise de position officielle met fin à l’incertitude qui entourait le sort du journaliste sud-africain. Ce qui avait d’abord été signalé comme une disparition, puis comme une détention sur la base d’informations communiquées par l’ICIJ, est désormais reconnu par les autorités djiboutiennes comme une interpellation liée notamment à l’absence d’accréditation journalistique.
Une interrogation demeure toutefois concernant Mohamed Willo Ismael, dit Kooki Mahmoud. Le communiqué du ministère de l’Intérieur ne fait aucune mention de sa situation, alors que l’ICIJ avait indiqué la veille comprendre qu’il était lui aussi retenu par les autorités.
L’affaire a suscité une mobilisation en Afrique du Sud, où la famille et les collègues de Micah Reddy ont multiplié les démarches pour obtenir des informations. Le ministère sud-africain des Relations internationales avait également confirmé avoir été informé de sa disparition.
Mahdi A.
[1] « SA journalist missing abroad », Enca, 20 septembre 2026.
[2] « SA journalist micah reddy believed to be in custody », Enca, 21 septembre 2026.