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L’ATD face à une exigence de clarification

par Amina Abdi, avril 2026 (Human Village 56).
 

Depuis plusieurs mois, l’Association des transitaires de Djibouti (ATD) traverse une période de fortes turbulences. Contestation de la gouvernance, interrogations sur la régularité des assemblées générales, projets structurants engagés dans un climat de fragilité juridique : le malaise dépasse désormais le simple cadre interne pour toucher l’ensemble du secteur du transit, pilier stratégique de l’économie nationale et du corridor Djibouti-Éthiopie.
Face à cette situation, des transitaires contestataires réclament un retour strict aux fondamentaux : transparence, légalité et légitimité. Leur porte-parole, Adonis Ahmed Doualeh, directeur de Kavkaz Logistics SARL, défend une démarche de clarification institutionnelle plutôt qu’un affrontement personnel. Human Village l’a rencontré pour comprendre l’origine du différend, les enjeux de cette crise et les solutions qu’il estime indispensables pour éviter une déstabilisation durable du secteur.

Adonis Ahmed Doualeh

Depuis plusieurs mois, l’ATD traverse une zone de fortes turbulences. Comment en est-on arrivé là ?
Adonis Ahmed Doualeh : Pour comprendre la situation actuelle, il faut éviter les lectures simplistes. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est ni un incident ponctuel, ni un simple désaccord entre personnes. Il s’agit d’un processus progressif au cours duquel certains mécanismes essentiels de gouvernance n’ont pas été appliqués avec toute la rigueur nécessaire.
Dans un groupement d’intérêt économique comme l’ATD, l’équilibre repose sur des principes fondamentaux : la régularité des assemblées générales, la transparence dans la gestion, la validation collective des décisions et la formalisation rigoureuse des actes. Or, sur les exercices 2024 et 2025 ces mécanismes n’ont pas toujours été respectés dans les conditions prévues par les statuts et les exigences réglementaires. Une organisation ne se fragilise jamais brutalement, elle se déséquilibre lorsque ses règles cessent d’être appliquées avec constance. Ce décalage a progressivement installé une zone d’incertitude sur le fonctionnement global du groupement. Notre démarche ne relève donc pas de la confrontation, mais d’une volonté claire de rétablir les fondamentaux.

Où en sont aujourd’hui les démarches engagées pour obtenir cette clarification ?
La situation suit une chronologie juridique claire. Une première procédure en référé a été engagée afin de faire constater certaines irrégularités liées à la gouvernance ainsi que la nécessité d’une clarification immédiate. Cette procédure a donné lieu à une première décision reconnaissant l’existence d’un trouble nécessitant une intervention. Cette décision a ensuite été contestée en appel. La juridiction d’appel a estimé que plusieurs aspects devaient être examinés sur le fond, ce qui a conduit à une procédure plus approfondie. Aujourd’hui, une procédure en cassation a été engagée, tandis qu’une action au fond est en cours de finalisation.
Parallèlement, de nouveaux éléments sont apparus : l’absence de tenue conforme des assemblées générales de 2024 et 2025, l’engagement de projets structurants dans un cadre juridiquement fragile, ainsi que des interrogations persistantes sur la formalisation des décisions.
La démarche juridique ne constitue pas une opposition. Elle reste avant tout un outil de clarification au service de la stabilité et de la pérennité du groupement.

Pourquoi la question des assemblées générales 2024 et 2025 est-elle devenue centrale ?
Parce que les assemblées générales constituent le cœur même de la légitimité collective. C’est à ce niveau que se valident les comptes, que se prennent les décisions majeures et que se consolide la légitimité des organes de gouvernance. Or, les assemblées générales relatives aux exercices 2024 et 2025 n’ont pas été tenues dans des conditions permettant une validation claire, formelle et incontestable. Cela entraîne une conséquence directe : une incertitude sur la validité des décisions prises durant cette période. Sans assemblée générale conforme, la chaîne de validation collective est interrompue et la sécurité juridique devient fragile. La légitimité d’une organisation repose avant tout sur la régularité de ses instances.

Vous insistez beaucoup sur la formalisation des décisions. Pourquoi les procès-verbaux sont-ils si importants ?
Parce qu’en matière de gouvernance, la forme protège toujours le fond. Les procès-verbaux assurent la traçabilité des décisions, leur opposabilité et leur reconnaissance par les tiers. Lorsqu’ils ne sont pas établis, validés ou enregistrés dans les conditions requises, la décision peut exister dans les faits, mais elle devient juridiquement contestable.
Cela fragilise non seulement les décisions passées, mais également celles à venir. Dans une organisation structurée, rien ne doit reposer sur l’approximation ou l’informel. La forme garantit la pérennité du fond.

Le projet de fusion ATD/RTA suscite aussi beaucoup d’interrogations. Pourquoi ?
Parce qu’une fusion n’est jamais une opération ordinaire. Elle engage durablement le patrimoine, la gouvernance et la responsabilité des membres. C’est une décision lourde, structurante, qui exige une base irréprochable.
Dans un contexte où certaines fondations nécessitent encore des clarifications, engager une fusion peut exposer l’organisation à des contestations futures, à des risques juridiques importants et à des déséquilibres durables. Avant de construire plus grand, il faut d’abord sécuriser les fondations. Une fusion réussie commence toujours par une base parfaitement clarifiée.

Cette crise interne peut-elle affecter l’ensemble du secteur du transit ?
Absolument. Le secteur du transit repose sur la confiance, la coordination et la crédibilité des acteurs. Toute fragilité interne au sein d’un groupement aussi stratégique que l’ATD peut avoir des répercussions directes sur la perception du secteur, sur la confiance des partenaires et sur la stabilité globale du corridor régional.
Le corridor Djibouti-Éthiopie est un espace hautement concurrentiel. La moindre incertitude institutionnelle peut affaiblir notre position stratégique et fragiliser l’ensemble de l’écosystème logistique. La crédibilité externe dépend toujours de la cohérence interne.

Quelle sortie de crise vous semble aujourd’hui la plus réaliste ?
La sortie de crise doit être méthodique, et non émotionnelle. Elle passe d’abord par une phase transitoire encadrée : audit complet, régularisation des actes, sécurisation juridique et clarification institutionnelle. Ensuite seulement peut venir le retour à la pleine légitimité : assemblées générales conformes, rétablissement de la transparence et organisation d’élections dans un cadre incontestable. L’objectif n’est pas de remplacer un déséquilibre par un autre, mais de reconstruire un cadre stable, crédible et durable. Une organisation se reconstruit dans la méthode, jamais dans la précipitation.

Amina Abdi

 
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