À l’approche de l’élection présidentielle prévue le 10 avril prochain, j’ai rendu publique hier une intervention afin de rappeler une réalité fondamentale : aucune élection ne peut être crédible lorsque les conditions élémentaires de sécurité et de liberté politique ne sont pas garanties.
Depuis plusieurs semaines, j’ai demandé aux autorités djiboutiennes des garanties précises concernant ma sécurité personnelle ainsi que la liberté d’exercer librement mes activités politiques avant, pendant et après la campagne électorale. Ces garanties sont indispensables pour permettre mon retour légitime dans mon pays et pour assurer la sécurité de celles et ceux engagés dans notre mouvement.
Le 26 février dernier, j’ai adressé au président de la République une troisième relance écrite sur cette question. À ce jour, cette démarche n’a reçu qu’une seule réponse : le silence.
Cette exigence de sécurité n’est ni une condition artificielle ni un prétexte politique. Elle repose sur des faits.
Une personnalité politique comme Abdoukarim Aden Cher, dont l’ambition politique pour son pays est connue, demeure aujourd’hui maintenu en détention. Son cas illustre la réalité à laquelle sont confrontées les voix politiques dissidentes dans notre pays. Il convient également de noter les arrestations arbitraires de membres de la société civile, eux aussi détenus.
Dans ces conditions, rentrer à Djibouti sans garanties de sécurité reviendrait à s’exposer au même sort que celui réservé à d’autres opposants politiques.
Par ailleurs, une autre contradiction majeure fragilise davantage la crédibilité du processus électoral. La Constitution exige des candidats à l’élection présidentielle qu’ils prouvent la renonciation à toute autre nationalité. Pourtant, à ce jour, aucune preuve officielle n’a jamais été produite par le président de la République concernant la renonciation à ses nationalités française et éthiopienne [1], alors même que cette exigence est aujourd’hui imposée aux autres candidats.
L’écartement systématique de toute candidature alternative ne traduit pas la force d’un pouvoir. Il révèle au contraire sa fragilité, le rejet réel dont il fait l’objet dans l’opinion publique nationale et l’évidence de la défaite politique qui le menace.
Dans ces conditions, éliminer toute concurrence devient la seule assurance d’une victoire annoncée, obtenue comme lors des scrutins précédents par des mécanismes bien connus de manipulation électorale et de bourrage des urnes.
Je l’ai toujours affirmé : l’élection du 10 avril n’est pas une fin en soi. Elle constitue une étape dans un processus plus large visant à poser les fondations d’une alternative politique crédible pour notre pays.
La stabilité durable de Djibouti ne peut pas reposer sur la fermeture de l’espace politique. Elle repose sur des institutions respectées, sur la sécurité des acteurs politiques et sur la possibilité réelle d’une alternance.
Alexis Mohamed, président du mouvement Osons !, ex-candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2026
Communiqué publié sur X le 10 mars 2026.
[1] Note de la rédaction : selon sa biographie officielle (Cherif Ouazani, Ismaïl Omar Guelleh, Jaguar, 2016), Ismaïl Omar Guelleh est né en 1947 à Dire Dawa, en Éthiopie. Dans ce cas, comme il peut certainement démontrer que son père était français, il pourrait bénéficier de l’article 3 de la loi n° 77-625 du 21 juin 1977 qui prévoit que conservent la nationalité française les Djiboutiens « ayant acquis la nationalité française […] hors du Territoire français des Afars et des Issas ». Cela ne signifie pas qu’il l’ait sollicitée, et il ne pourra plus le faire dans un an (voir notre article). Par ailleurs, la législation éthiopienne n’autorise aucun cas de double nationalité. Même s’il a été éthiopien, il ne l’est plus aujourd’hui car il est djiboutien sans aucun doute.